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Les comptables ont un plan. Vos commerciaux, non.

Le plan comptable existe depuis 1947 pour une raison : ranger l'information au même endroit permet de décider. Côté commercial, il n'y a rien de tel. C'est pour ça qu'aucun outil ne vous dit encore quelles affaires vont signer.
Les comptables ont un plan. Vos commerciaux, non.
Photo by Crazy Cake / Unsplash

Vous aimeriez qu'une intelligence artificielle vous dise lesquelles de vos affaires vont se signer. C'est ce qu'on vous vend sous le nom de scoring : une note posée sur chaque affaire, censée dire laquelle mérite votre temps.

Sauf qu'elle ne peut pas, car personne ne lui a jamais dit ce qu'est une bonne affaire chez vous.

Votre comptable, lui, n'a pas ce souci. Il a un plan depuis 1947. Ce plan sert à une seule chose : ranger chaque information financière toujours au même endroit, pour que vous puissiez décider. Est-ce que j'ai gagné de l'argent ce mois-ci. Est-ce que je peux embaucher. Est-ce que je tiendrai jusqu'en mars.

Côté commercial, il n'y a rien de tel. Aucune case, aucun endroit où ranger ce qu'on apprend d'un client. Alors la question la plus simple de votre métier reste sans réponse : celui-là, c'est un bon prospect ou pas ?

Ce que le comptable a et que le vendeur n'a pas

Le plan comptable général va sur ses quatre-vingts ans. Huit classes numérotées, les mêmes pour toutes les entreprises du pays. Une facture d'électricité et un salaire n'ont pas la même case, à Brest comme à Perpignan.

Ce n'est pas de la paperasse. C'est ce qui permet de comparer deux mois, deux années, deux entreprises. Sans ces cases, personne ne pourrait rien décider.

Imaginez votre comptable vous annonçant : « cette facture, je la sens bien, je la range en classe 6. » Vous changeriez de comptable avant la fin de la phrase.

Maintenant, la vente. Posez la question à trois personnes de votre entreprise, séparément : c'est quoi un bon prospect chez nous ?

Vous aurez trois réponses, toutes intelligentes, toutes différentes. Aucune n'est écrite nulle part, donc aucune ne peut être contredite. Et surtout, aucune ne permet de trancher.

Ce que ça coûte, trois fois cette année

Trois scènes de mission. Rien d'exceptionnel dans aucune des trois. À chaque fois, une décision qui ne peut pas se prendre.

Un mardi matin, la revue des affaires. Une affaire à l'écran, partagée en visio. Je pose une question simple : est-ce que ce client a un problème à régler ?

Deux personnes répondent. « Honnêtement, pas sûr. » Et « si, quand même, vu la taille de l'événement ».

Le besoin est jugé fort parce que l'affaire est grosse. Pas parce que le client a dit quelque chose.

Vingt minutes de discussion, et chacun repart avec son avis. Aucune décision n'a été prise, et rien n'a été écrit pour trancher la prochaine fois.

Un devis parti, puis le silence.

Une entreprise envoie un devis à un gros client. Une semaine passe, rien. Un mois, rien.

Huit semaines plus tard, le client rappelle. Il veut quelque chose de beaucoup plus simple, et beaucoup moins cher.

Le vendeur est coincé.

Pour tenir son prix, il a défendu son devis ligne par ligne. Tout y était utile, tout était justifié. C'est ce qu'on fait tous quand il faut défendre un montant.

Sauf qu'il ne peut plus revenir en arrière. Enlever la moitié et diviser le prix par deux, c'est reconnaître devant le client qu'il en avait rajouté. Alors il ne bouge pas, ou il bouge mal. L'affaire est perdue.

Et elle l'était déjà au premier rendez-vous.

Le rendez-vous avait été enregistré. On le réécoute, huit semaines plus tard. Tout est là.

Ce jour-là, le client avait dit trois choses. Que le prix lui semblait élevé. Que ce qu'on lui proposait était trop lourd. Que son besoin à lui était simple.

La décision d'envoyer ce devis a été prise sans que personne ne reprenne ces trois phrases. Personne n'a mal fait son travail : elles avaient été entendues, elles n'avaient juste aucun endroit où être rangées.

Une information qu'on ne range nulle part ne disparaît pas. Elle reste dans une tête. Et elle ressort trop tard.

Aujourd'hui, ces rendez-vous sont enregistrés, écrits, parfois résumés par une machine. Ça ne change rien. Un résumé de plus ne remplace pas un endroit où ranger l'information.

En juin, un audit dans une PME. Un fichier Excel, dix-huit lignes. C'est le suivi des affaires en cours. Je l'ouvre avec le dirigeant : 235 900 euros au total.

Je trie par date de signature prévue. La colonne est vide. Dix-huit fois. Aucune prévision n'est possible à partir de ce fichier.

Une ligne ressort : 10 000 euros, étape « devis envoyé », dernière trace d'activité il y a soixante-dix-huit jours. Le dirigeant la regarde. « Ah oui, celle-là, c'est mort depuis un moment. »

Il le savait. Le fichier, non. Et c'est ce fichier qu'on branche sur un outil quand on veut des prévisions.

Regardez le nom de l'étape : « devis envoyé ». C'est ce que le vendeur a fait, pas ce que le client a fait. Vos étapes racontent votre travail, pas l'avancée de l'affaire.

Rien de tout ça n'est la faute des commerciaux. Un comptable n'invente pas son plan, on le lui donne. Vos vendeurs n'ont rien reçu de tel. Faute de définition commune, chacun a fabriqué la sienne. Écrire cette définition, c'est un travail de direction.

À quoi ressemble un plan commercial

Ça tient sur une page. Trois morceaux.

Les mêmes cases pour tout le monde. Cinq suffisent. La situation : cette entreprise ressemble-t-elle à vos bons clients ? La douleur : ce qui ne va pas. L'impact : ce que ça lui coûte si rien ne change, dit et chiffré par le client lui-même. Le déclencheur : l'événement daté qui fait que c'est maintenant et pas dans deux ans. La décision : qui signe, avec quel budget, selon quel processus.

Une seule échelle. La même pour tous. 0, je n'ai rien. 1, on me l'a dit, je ne peux pas le prouver. 2, je l'ai vérifié mais il manque un morceau. 3, c'est chiffré, daté et nommé.

Et une case vide reste vide. Ce qu'on croit savoir n'est pas une preuve, même quand on a raison.

Ce qu'on exige, et à quel moment. C'est le morceau qui manque presque toujours. Les cinq cases ne sont pas exigibles en même temps, parce qu'elles servent à trancher deux décisions différentes.

Première décision : est-ce que j'y consacre du temps ? Pour passer du premier échange au rendez-vous suivant, celui où l'on montre ce qu'on sait faire (une visite, une démonstration, une étude), deux cases suffisent. La situation et la douleur.

Vous n'avez pas encore besoin de savoir ce que le problème coûte, ni pourquoi il faudrait le régler cette année. Personne ne le sait au premier échange, et le demander trop tôt vous fait ressembler à un contrôleur fiscal.

Deuxième décision : est-ce que je chiffre ? Là, l'impact chiffré et le déclencheur daté deviennent obligatoires. Sans eux, vous chiffrez la réponse à un problème que personne n'a mesuré, pour une échéance qui n'existe pas.

Vous connaissez la suite, elle est racontée plus haut : le devis part, et le silence commence.

Même logique pour l'interlocuteur. Montrer ce qu'on sait faire à un futur utilisateur, très bien. Un devis, lui, se présente à celui qui signe. La bonne information, au bon moment, à la mauvaise personne, ne produit rien d'autre qu'un silence : votre interlocuteur disparaît sans jamais dire non.

Écrit une fois, ça vaut pour tout le monde, vous compris. C'est ce qui rend la règle utile : elle s'applique aussi à celui qui l'a écrite.

C'est très exactement la taxe sur le flou : chacun travaille bien, personne ne travaille pareil, personne ne peut trancher sur des bases communes, et l'addition arrive plus tard, sous forme d'affaires perdues sans qu'on sache dire pourquoi.

L'IA, une fois le plan posé

Regardez ce qui se passe aujourd'hui dans les métiers de la finance. Les écritures se rangent presque toutes seules. Les erreurs se repèrent automatiquement. Les comptes se bouclent plus vite qu'avant. L'intelligence artificielle y avance à toute vitesse.

Ce n'est pas parce que les comptables sont plus doués que vos commerciaux. C'est parce que leurs règles sont posées depuis 1947. La machine arrive dans une maison déjà rangée. Elle n'a plus qu'à travailler.

Chez vous, elle arrive dans une maison où rien n'a de place fixe. Et une machine ne sait comparer que des choses rangées de la même façon. Sur des étapes qui décrivent vos actions et des notes prises à la volée, elle compare des objets qui n'ont rien de commun.

Elle produit quand même un résultat, parce que c'est ce qu'on lui demande. Et produire, elle sait faire. Elle se régale, même. Des chiffres, des couleurs, une jolie mise en page. Toujours pas de quoi décider.

Branchez-la sur un plan, et le scoring peut enfin tenir ses promesses. Pas du premier coup : il faudra le corriger plusieurs fois. Mais cette fois, il a de quoi travailler.

La case décision vide sur vos cinq plus gros dossiers, elle la voit. La note 3 posée sans la moindre preuve derrière, elle la voit aussi. Elle ne s'en offusque pas, elle la signale.

L'ordre ne se discute pas : on écrit le plan, ensuite on outille.

À faire cette semaine

Une seule chose, gratuite. Posez la question à trois personnes, séparément, sans les prévenir : c'est quoi un bon prospect chez nous ? Notez les réponses mot pour mot, côte à côte.

Si elles se ressemblent, votre plan existe déjà. Il est rangé dans les têtes, il ne reste qu'à l'écrire.

Si elles divergent, vous venez de comprendre pourquoi vos prévisions ne tiennent jamais, et pourquoi aucun outil branché dessus n'y a rien changé. Ce que cet écart vous coûte a un nom, et il est détaillé ici : la taxe sur le flou.

Faites le test cette semaine. Combien de définitions différentes allez-vous récolter ?

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